Biennale B#5 - Picha Art

Eblouissement (2017)

 

La 5e Biennale de Lubumbashi, Rencontres Picha, « Eblouissements » s’est consacré à la transformation du réel. Elle s’est interrogée sur notre pouvoir d’agir face  aux forces visibles et invisibles, symboliques, imaginaires, mentales, personnages ou choses qui gouvernent notre monde. Quel lien entretient la transformation de notre rapport aux choses, à leur valeur, avec la transformation du rapport à la valeur humaine des autres et, par conséquent, à notre propre valeur ? Dans son livre  L’impérialisme postcolonial,  Joseph Tonda (2015) évoque la violence de l’imaginaire qui s’exerce sur le monde contemporain à travers ce qu’il nomme des « éblouissements ». Dans  leurs multiples acceptions, les « éblouissements » peuvent signifier des émerveillements, des séductions, des fascinations, des aveuglements qui, dans des contextes particuliers, des situations de changements brutaux et de bouleversements ou dans des expériences rituelles de transitions provoquent des visions, des états hallucinatoires, des illusions ayant la particularité d’être réels pour ceux qui les vivent.

Un changement de paradigme marque l’ère de la mondialisation, sur le plan esthétique, mais aussi éthique.  Les écrans sont devenus la nouvelle fabrique du regard du système-monde moderne. Qu’ils soient informatiques ou télévisuels, les écrans charrient les images et les imaginaires comme des flux irrésistibles agissant à la façon des virus informatiques. L’imaginaire de la mondialisation capitaliste (Joseph Tonda), « requiert le symbolisme des images des médias pour «exister» dans les esprits en les colonisant, en les gouvernant afin de rendre «naturel» «l’ordre moral» qu’elles véhiculent ».

Ce qui cause les « éblouissements », c’est la rencontre entre l’ombre et la lumière, dans les transitions qui se créent  entre  les deux. L’état de vue appelé éblouissements est un trouble, une  perturbation mentale et affective, qui suscite des incandescences, cause des émerveillements autrement dit  qui met hors de soi et active la pensée magique et ses images-écrans. (Tonda, 2015)

Dans les pratiques artistiques actuelles l’appropriation de l’image et son hyper accessibilité créent les conditions d’une stimulation particulière mais condamne en même temps l’artiste à la position de recycleur perpétuel des matériaux mass médiatiques. Son modèle opératoire est devenu, d’une part l’externalisation de la production au moyen de dispositifs technologiques, et d’autre part, le mixage de matériaux visuels  prélevés hors du champ de l’art. Il n’est plus nécessaire de créer de nouvelles images mais de se connecter à leurs flux incessants ou d’en détourner le torrent. Faut-il croire Jean Baudrillard lorsqu’il affirme que « L’image ne peut plus imaginer le réel  puis qu’elle est » ? « Indiscernabilité du réel et de l’irréel  (Gilles Deleuze) », du vrai du faux, du passé du présent,  les visions  et les apparitions font partie de la réalité  inséparablement physique et psychique ». (Joseph Tonda, 2015) : la société des Éblouissements vit donc sous le joug de la violence de l’imaginaire qui s’exerce sur le monde dans sa globalité à travers les prismes des images-écrans.

Hétérogène, polymorphe et contradictoire, la ville est le théâtre et le réceptacle des turbulences sociales, des crises, et des contradictions du monde. Les murs de la ville sont aujourd’hui un média, à  travers les écrans plats géants, les publicités animées qui pour le meilleur et pour le pire incitent à la consommation/ostentation illimitées.

La ville cristallise les dynamiques des sociétés contemporaines, leurs maux, leurs errances. Eternel enjeu de pouvoir, miroir du politique, représentation du pouvoir et de la structure sociale, elle est devenue un phénomène plus complexe, plus imprévisible d’où peut se penser le monde.

 

La 4e édition de la Biennale de Lubumbashi, « Réalités filantes » (Edouard Glissant) posait diverses questions : Quelles grilles de mesure du proche et du lointain coexistent face au télescopage d’échelle produit par la globalisation ? Entre « connexité » (être en relation) et « contiguïté », dans quel bio-topos et bio-chronos vivons-nous ? Les pratiques artistiques sont-elles les instruments adéquats pour une réappropriation du réel ?

Au travers ses différents volets, la 5e édition de la Biennale a porté une attention particulière aux mécanismes de production de l’espace dans la ville de Lubumbashi. Les processus désordonnés et hétérogènes qui créent la ville inspirent des protocoles particuliers aux artistes. La culture, processus à travers lequel les significations, les représentations et les pratiques (esthétiques, philosophiques) sont socialement et historiquement construites, influence la pratique spatiale d’une société. Celle-ci se découvre en décodant son espace. La dimension spatiale s’avère un outil critique indispensable à disposition des artistes  pour appréhender les dynamiques urbaines qui contribuent à produire  et à reproduire les  divers mécanismes sociaux et économiques et à perpétuer des représentations.

Regroupement protéiforme d’artistes et de collectifs aux pôles d’intérêts variés, la 5e Biennale de Lubumbashi a offert un vaste registre de travaux, photographies, vidéos, œuvres interactives, performances, installations, films, sculptures, peintures, des projets innovants issus de collaborations entre des artistes et des chercheurs. Dans une hétérogénéité de styles, les œuvres présentées reflètent la réalité de la création artistique actuelle en RDC en dialogue avec  les productions des artistes invités ressortissants d’autres horizons géopolitiques. A travers la multiplicité des techniques, les œuvres interrogent leur contexte (social et idéologique) d’exposition  et contribuent à questionner le rôle de l’artiste et son action dans sa volonté de transformer le réel. Le programme comprend outre une grande exposition internationale d’art contemporain, des expositions monographiques, des performances, des conférences, des rencontres professionnelles, des workshops, des cycles de films et une grande variété d’activités éducatives et de médiation.

 

Artistes

 

Zemba Luzamba, Jean Katambayi Mukendi, Maurice Mbikayi, Ryoichi Kurokawa, Nicolas Maigret, Eyal Weizman, Simon Menner, Yves Sambu et Collectif SADI, Cinthia Marcelle, Carsten Höller, Simon Starling, Fernando Sanchez Castillo, Kemang Wa Lehulere, Olafur Eliasson, Julie Dikwey, Theaster Gates, Jonas Carpignano, Cédrik Nzolo, Paty Tshindele, Robin Rhode, Gulda El Magambo, Jean Tankwey, Nick Cave, Kerry James Marshall, Jean-Pierre Bekolo, Sammy Baloji, Académie des Beaux-arts de Kinshasa,Tracy Rose, …

 

 

Les lieux d’expositions

 

La Biennale investit divers lieux dans la ville ; Musée national de Lubumbashi, Institut des Beaux-Arts, Halle de l’Etoile/Institut Français, Gare Lubumbashi, Synagogue de Lubumbashi, Zoo de Lubumbashi et d’autres espaces alternatifs.

 

Journées professionnelles 

 

dimanche 8, lundi 9 octobre 2017

La Biennale se veut un carrefour de rencontres et d’échanges entre professionnels de tous les secteurs culturels : commissaires, artistes, critiques, chercheurs, journalistes,… De nombreux débats et séminaires sont organisés en marge des expositions. L’objectif affiché de ces rencontres est, en autres, d’identifier des pistes pour accompagner les artistes locaux dans une démarche de professionnalisation, en portant l’attention aussi bien sur les outils de la pratique (espaces de travail) que sur les outils de la diffusion (lieux, réseaux, programmes éducatifs), de manière intégrée, en respect des spécificités locales. Il s’agit de permettre aux artistes locaux de se saisir des opportunités d’échanges à l’échelle internationale sans être victimes d’une forme d’homogénéisation de style et de regard.

 

Programmation de films et carte blanche à Jean-Pierre Bekolo (à dérouler en cliquant)

La 5e Biennale de Lubumbashi a engagé une collaboration avec le cinéaste camerounais Jean-Pierre Bekolo, sous la forme d’une Carte blanche avec la diffusion de plusieurs films sélectionnés par ses soins, qu’il a fait découvrir et partager. Formé à l’Institut National de l’Audiovisuel  à Bry-sur-Marne en France, où il a étudié la théorie du Cinéma, Jean-Pierre Bekolo est installé aux Etats-Unis et en France. Considéré comme un réalisateur engagé, activiste et critique, ses œuvres bousculent les stéréotypes sur l’Afrique et le cinéma africain. Jean-Pierre Bekolo a été professeur de cinéma aux Etats Unis, à l’University of North Carolina à Chapel Hill, à la Virginia Polytechnic Institute et à la Duke University.

Jean-Pierre Bekolo a reçu la plus prestigieuse distinction culturelle des Pays-Bas, le prix Prince Claus, en décembre 2016. Ce prix lui a été décerné, selon le Comité du prix, pour sa créativité, sa résistance, son irrévérence et son travail de refonte des idées dominantes concernant le cinéma africain ; pour la création d’une œuvre innovante, qui à la fois divertit et transmet un message sociopolitique fort ; pour la grande originalité de son style ; pour sa façon de mettre en cause les représentations erronées des cultures africaines ; et pour sa façon de réaffirmer le pouvoir du cinéma ».

 

Rencontres sciences, technologies numériques et arts : transformer le réel

 

La 5e édition de la Biennale de Lubumbashi a joué la carte de la pluridisciplinarité. La création artistique aujourd’hui témoigne d’une ouverture qui refuse les frontières  techniques et disciplinaires. Cependant les relations entre chercheurs, scientifiques et artistes sont rares voire, inexistantes. Pourtant beaucoup de solutions aux problèmes rencontrés (situation d’urgences, gestion de déchets, valorisation des produits en fin de vie, mise en place de pratiques sociales et environnementales, durables et solidaires) au quotidien dans les villes d’Afrique et en particulier, en République démocratique du Congo peuvent trouver des solutions localement, à travers un dialogue et des solutions issues de l’art, de la science, des technologies numériques, du design.

La Biennale de Lubumbashi a décidé d’ouvrir un espace dans lequel les artistes, les chercheurs, les scientifiques peuvent  travailler, poursuivre des  discussions ou des débats (aussi bien théoriques, économiques qu’esthétiques), entamer des collaborations. Les évènements organisés dans le cadre des Rencontres Transformel le réel s’inscriront dans des lieux inattendus multipliant des conférences séances, des débats, des performances et des concerts multimédia.

 

médiation : groupes scolaires, visites individuelles 

 

Pour découvrir la Biennale et sa programmation, des guides spécialisés ont été mis à disposition du public, afin de l’orienter dans les expositions, afin de répondre aux questions et transmettre des informations sur les œuvres exposées. Des visites guidées s’adressent spécifiquement au public scolaire. Ces visites peuvent être préparées en amont avec les enseignants et adaptées à l’âge et aux connaissances des élèves.


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