EXPO PHOTO «AUTOUR DU RING 42 ans après»

CHAMPIONNAT DU MONDE DES POIDS LOURDS KINSHASA,

LE 30 OCTOBRE 1974 À 3 HEURES DU MATIN

7-28 OCT. 2016

C’est toujours avec une délectation proche de l’ivresse que je me remémore le combat de boxe qui opposa Ali à Foreman. Ce moment magique agit comme un aimant sur ma  mémoire. Rien que d’y penser j’ai le corps traversé par une décharge de frissons qui me hissent au pic des émotions. Nuit du 30 octobre 1974 Quarante-deux  années se sont écoulées au gré de paysages tantôt riants tantôt torrides, dans une succession de gouffres et de pics. Quarante-deux années qui nous ont soûlés, grugés, dessoûlés, soumis au soukous endiablé de changements intempestifs avec leurs cohortes de méfaits collatéraux. Un moment magique dont l’éclat demeure intact alors que les ombres de l’oubli s’emparent des arpents du passé. Au huitième round, Ali décocha à son adversaire le coup fatal qui l’envoya au tapis pour de bon. Ce fut le délire ! Une tempête de cris souffla sur le Stade Tata Raphaël. Une marée de liesse déversa ses décibels tonitruants dans la nuit. Ce fut un moment de communion inédite d’une rare intensité. La chose tant attendue était là : réelle, palpable, à portée des yeux et des oreilles. Des nœuds qui comprimaient nos ventres furent défaits d’un coup ; une joie explosive fit chavirer les tambours dans nos poitrines libérés de l’angoisse. De nos gosiers surgirent poussés par la liesse des clameurs, des cris, des exultations, des vociférations, des exclamations bruyantes. Ali avait gagné. Foreman avait perdu. Logique! Le combat du siècle tint en haleine la planète tout entière. Au Zaïre, ce fut le délire. Des budgets colossaux furent engloutis. Mais qui s’en inquiéta vraiment ! L’ampleur du scénario flatta la mégalomanie des uns et des autres. Parallèlement, un festival musical taillé sur les dimensions du combat du siècle rassembla des artistes de deux rives de l’Atlantique. Là encore le metteur en scène se montra d’une imagination débordante. Le combat Ali contre Foreman fut diffusé par le canal de la télévision nationale, dûment équipée et inaugurée en grande pompe. Aux quatre coins du Zaïre, l’on put suivre le combat du siècle sur le petit écran. Mais les détenteurs de postes téléviseurs étaient encore rares dans les quartiers populaires. La fièvre de la boxe avait gagné tout le pays, au nord, au sud, à l’est, à l’ouest. La capitale, elle, vibrait au diapason de la ferveur pour Ali, « le plus beau », « le plus fort », « l’intrépide », « le digne fils de l’Afrique ». Dans le même temps, Kinshasa, vitupérait Foreman à qui l’on avait taillé dès son arrivée à Kinshasa le costume de traître. « Ali, boma ye ! » : ce slogan resserra des liens à la faveur d’une étrange solidarité encline aux quolibets les plus virulents en direction de George Forman. Dans tout le pays ce dernier fut érigé en repoussoir, ostracisé, honni, conspué. Tous pour Ali !

Antoine TSHITUNGU